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Manipulateurs pervers : ça n’existe pas.

Manipulateurs pervers : ça n’existe pas.

Ces dernières années sont parus pléthores d’articles (et même de livres) sur une pathologie mentale appelée « manipulateurs pervers ». Comment les reconnaître, comment s’en libérer, les signes qui permettent de reconnaitre un manipulateur pervers, j’en passe et des meilleurs.

J’ai parfois entendu des gens me dire : « Mon psy m’a dit que j’avais affaire à un manipulateur pervers !» Dans ces cas-là, j’ai tendance à répondre « change de psy »… Parce qu’à moins que ton psy n’ait rencontré la personne à laquelle tu fais allusion, je ne vois pas comment il peut poser un diagnostic… Et si il a rencontré la personne, il enfreint la confidentialité lié à la pratique de la thérapie…

Et plus important encore, cette « maladie » n’existe pas.

Après moult recherche dans le DSM IV puis dans le DSM-5 (DSM = Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux de l'Association Américaine de Psychiatrie) je n’y ai trouvé aucune mention de cette « pathologie ».

ATTENTION : je ne dis pas que les comportements évoquées dans ces articles et/ou livres n’existent pas. Je dis seulement, qu’il faut arrêter de parler de « manipulateurs pervers ».

 

Revenons aux sources.

A l’origine, le verbe « manipuler » vient du latin médiéval « manipulare » et qui signifie « conduire par la main ».  Puis par extension « faire avec ses mains ».  Cette définition étant appliqué à la pharmacopée. (Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition)

Or avec mes mains, je peux faire une magnifique sculpture d’une boule de glaise. Ou je peux lancer la dite boule à la tête de mon voisin. Dans les deux cas, je manipule. Je fais avec mes mains. Mais mes objectifs sont très différents…

De même, avec ses mains un ostéopathe pourra vous faire un excellent massage et débloquer vos vertèbres douloureuses. Ou vous étrangler. Et il vous manipulera dans les deux cas…

 

Les manipulations du quotidien.

Elles sont nombreuses j’en ai peur… Et je ne les listerai donc pas toutes ici.

Quelques une restent toutefois notables.

La première, championne toute catégorie, la publicité. Et bien que nous connaissions certaines des ficelles utilisées par les publicitaires, ces dernières fonctionnent toujours… Dans le cas contraire, la publicité aurait mis la clé sous la porte… Or il semble qu’elle ait encore de beaux jours devant elle…

Sur un plan tout à fait comportemental, nous pouvons citer les chantages (petits ou grands), les vrais-faux choix, la double contrainte (vous trouverez un article très complet sur cette forme de manipulation, ici même : « Damné s’il le fait, damné s’il ne le fait pas »), mais il y a aussi les auto manipulations.

Parce que vous croyez qu’il n’y a que l’autre qui risque de vous manipuler ??? Que nenni. Nous nous manipulons nous même très régulièrement.

L’une des formes d’auto manipulation les plus commune, est ce que Messieurs Joules et Beauvois ont appelé dans leur ouvrage « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens »,  le « piège abscons ».

Comment fonctionne un piège abscons ?

C’est simple. Il suffit de prendre une décision et d’oublier de fixer nos propres limites… Ensuite nous suivons les quelques étapes ci-dessous :

  1. « L’individu a décidé de s’engager dans un processus de dépenses (en argent, en temps ou en énergie) pour atteindre un but donné
  2. Que l’individu en soit conscient ou non, l’atteinte du but n’est pas certaine.
  3. La situation est telle que l’individu peut avoir l’impression que chaque dépense le rapproche davantage du but.
  4. Le processus se poursuit sauf si l’individu décide activement de l’interrompre
  5. L’individu n’a pas fixé au départ de limite à ses investissements » (Joules et Beauvois, Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens)

Mais prenons un exemple.

L’hiver approche, votre voiture qui a bientôt 15 ans, a besoin d’une révision et d’un entretien. Vous avez décidé de faire la vidange, le changement des filtres et peut-être une vérification des plaquettes de freins. Vous donnez toutes ces infos au garagiste qui vous dit « Pas de problème ! On regarde tout ça, et on vous la rend comme neuve dans quelques jours! »

Quelques jours plus tard, votre garagiste vous téléphone : « Dites Mme, on a changé vos plaquettes hein ! Elles étaient complètement bouffées ! C’était temps de les faire ! Et en même temps notre mécano en a profité pour vérifier les tambours à l’arrière, vous connaissez ? Bon, il me disait qu’il faudrait envisager de les changer… Mais il va vous expliquer lui-même, il est là avec moi. Je vous mets sur haut-parleur. »

Le mécanicien prend le relai : « Oui, bonjour Madame, Je sais que ce n’était pas prévu dans votre entretien, mais les tambours de frein à l’arrière sont presque morts. Oh vous pourrez rouler en sécurité encore un petit peu, mais dans une centaine de kms il faudra les faire sinon la conduite deviendra très dangereuse. Alors je me suis dit que tant que votre voiture était au garage, on pouvait en profiter. Qu’en dites-vous ? »

Vous ne réfléchissez pas trop longtemps : si de toute façon il faudra les faire dans peu de temps, autant que ce soit maintenant. Ça vous évitera une deuxième visite chez le garagiste !  

Le même jour, nouvel appel du garagiste : « Dites M’me, on a failli oublier de vous en parler, mais c’est quand la dernière fois que vous avez fait la courroie de distribution ? »

  • La quoi ? Quand… euh… Mais je n’en sais rien…
  • Ah c’est pas bon signe… C’est tous les 5 ans normalement, vous ne vous souvenez pas ?
  • Non… Ça ne me dit rien…
  • Parce qu’il faudrait la faire : une courroie de distribution qui lâche et c’est votre moteur qui est foutu. Vous seriez bonne à racheter une voiture…

Vous réfléchissez, et puis vous vous dites que ce serait bien bête de vous retrouver avec un moteur hors d’usage alors que vous veniez juste de lui faire l’entretien !

Ensuite viendront les amortisseurs, puis une vérification de la colonne de direction, sans compter l’embrayage !

De fil en aiguille, vous finirez par vous retrouver avec une facture qui pourrait bien dépasser la valeur de votre vieille voiture. Oh, le garagiste vous offrira sans doute de nouveaux balais d’essuie-glace…

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : les garagistes ne sont pas tous des voleurs comme on l’entend souvent (Mon père était garagiste. Ma sœur est garagiste.). Il vous appartient de fixer vos propres limites : jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour entretenir une voiture qui a plus de dix ans ? Quel budget attribuez-vous a ce poste ? A quel moment dites-vous « STOP » au garagiste ? Parce que si votre voiture vaut 4000 euros, que vous vous retrouvez avec une facture de 5000, peut-être vaudrait-il mieux envisager l’achat d’une voiture d’occasion…

Oui mais voilà… Vous vous êtes engagé dans un processus de dépenses pour atteindre un but… etc., etc….

Et les pièges abscons sont légions … Ça va de la relation insatisfaisante qui dure… qui dure… et qui n’en finit pas de mourir, en passant par la psychanalyse qui n’en finit pas de continuer, ou encore les offres promotionnelles (pour 15€ de plus, la garantie est de 5 ans au lieu de 2), etc., etc. …

Qu’en est-il de ces personnalités toxiques ?

Mais revenons à notre sujet de départ : ces grands manipulateurs qui ne laissent en paix leurs victimes que lorsque celles-ci sont bonnes pour une thérapie, ou alors quand ils ont trouvé une autre victime. Parce que ces personnalités existent bel et bien.

Quand elles relèvent de la pathologie (mais je vous rappelle qu’il revient à un psychiatre de poser ce genre de diagnostic et qu’il est fort difficile à faire), on parle de « trouble de la personnalité narcissique » qui est une sous-catégorie d’un ensemble plus grand : les troubles de la personnalité.

Le DSM-5 compte 10 troubles de la personnalité :

La personnalité paranoïaque est caractérisée par une méfiance soupçonneuse envers les autres dont les intentions sont interprétées comme malveillantes.

La personnalité schizoïde manque d'intérêt pour les relations sociales, ne voit aucun intérêt à partager son temps avec les autres, anhédonie, introspection.

La personnalité schizotypique est caractérisée par une gêne aiguë dans les relations proches, par des distorsions cognitives et perceptuelles et des conduites excentriques.

La personnalité antisociale est caractérisée par un mépris et une transgression des droits d'autrui.

La personnalité limite (borderline) est caractérisée par des pensées manichéennes extrêmes, instabilité dans les relations, de l'image de soi, de l'identité et du comportement conduisant souvent à une automutilation émotionnelle ou physique et à une impulsivité. Les troubles de la personnalité borderline se rencontrent aussi bien chez les hommes que chez les femmes.

La personnalité histrionique est caractérisée par des réponses émotionnelles excessives et une quête d'attention. La séduction devient un besoin pour la personne qui vit avec ce trouble affectif.

La personnalité narcissique est caractérisée par des fantaisies ou des comportements grandioses, un degré exagéré de mégalomanie, un besoin d'être admiré et un manque d'empathie.

La personnalité évitante est caractérisée par une inhibition sociale, par des sentiments de ne pas être à la hauteur et une hypersensibilité au jugement négatif d'autrui.

La personnalité dépendante est caractérisée par un comportement soumis et « collant » lié à un besoin excessif d'être pris en charge.

La personnalité obsessionnelle-compulsive (différent des TOC) est caractérisée par une préoccupation de l'ordre, la perfection et le contrôle.

 

Dans le DSM III-R existaient également deux autres troubles : le trouble de la personnalité sadique (un trouble du comportement d'agressivité et d'actes cruels) et le trouble de la personnalité masochiste (caractérisé par un comportement de sous-estimation qui accentue le plaisir et les buts d'un individu). Ces deux troubles de la personnalité ne se retrouvent dans les versions suivantes du Manuel de diagnostic même si certains psychologues considèrent qu’ils existent bel et bien.

Quand d’aucuns parlent de « manipulateurs pervers », ils parlent très probablement des troubles de la personnalité narcissique.

Dans l’ouvrage « Psychologie de la connerie », Jean Cottraux,  psychiatre honoraire des Hôpitaux et membre fondateur de l’Académie de Thérapie Cognitive de Philadelphie,  distingue trois types principaux de trouble de personnalité narcissique. Je le cite :

  1. « Le trouble narcissique malveillant et grandiose qui est manipulateur, exploiteur, trompeur et tyrannique, hostile, agressif, et sans empathie chaleureuse. Sa grandiosité n’est pas compensatoire, car il est persuadé qu’il a tous les droits. Le trouble central de ce type de personne est donc la surestimation permanente d’eux-même. Le narcissique malveillant est proche de la personnalité antisociale, hormis qu’il n’est ni impulsif, ni preneur de risque, ni irresponsable. Il est souvent adapté, et sait battre en retraite dés qu’on lui résiste. Il est d’autant plus dangereux pour les victimes qu’il a choisies.
  2. Le trouble de personnalité narcissique instable, fragile, dépressif, anxieux, critique et envieux, à des buts trop élevés et peut être perfectionniste. Il masque son sentiment d’infériorité par la grandiosité qui apparaît lorsqu’il se sent menacé.
  3. Le trouble de personnalité narcissique à haut fonctionnement qui est grandiose, compétitif, exhibitionniste, séducteur et charismatique, en quête perpétuelle de pouvoir. Mais du côté positif, il est énergique, intelligent, à l’aise dans les relations, et orienté sur l’accomplissement de soi. C’est le narcissisme de nombre de grands dirigeants, artistes et savants. »

 

En quoi cet abus de langage pose-t-il un problème ?

Parce que cela pose un problème.

Je n’écrirai pas un article simplement pour faire remarquer que certaines auteurs n’emploient pas les bons termes. Quoique…

Dans mes formations, je constate ce problème de plus en plus souvent quand nous en arrivons à parler des comportements manipulatoires : chaque fois je me retrouve avec des gens qui sont mal à l’aise, honteux, se sentent coupable, parce qu’ils constatent qu’ils ont dans leurs habitudes relationnelles des comportements manipulatoires. Or, à moins de vouloir finir ermite au fond d’une grotte, vivre ensemble, être humain, nous amène tous à avoir des comportements manipulatoires.

Communiquer, est en soi une forme de manipulation ! Tenter de me faire comprendre de l’autre, et donc l’amener à voir les choses autrement que ce qu’il croyait, c’est de la manipulation. J’amène l’autre d’un point A à un point B qu’il n’avait pas forcément imaginé. Quand j’essaie de comprendre l’autre, ce qu’il veut me dire, comment il perçoit les choses, j’accepte de le laisser m’influencer. Parce que peut-être, si je le comprend, m’amènera-t-il à changer mon propre point de vue. Et c’est aussi de la manipulation. Est-ce bon ou mauvais ? Je l’ignore. Je crois que c’est humain et que nous devons apprendre à faire la différence entre les comportements, et l’objectif de la personne ayant ces comportements. Et faire le tri entre des comportements somme toute humains, et ce qui relève de la pathologie.

Or si nous usons tous de comportements manipulatoires, nous ne relevons pas tous de la pathologie pour autant ! Alors apprenons à faire la paix avec les comportements manipulatoires, et cessons d’employer une expression qui est un abus de langage destructeur.

 

Vous avez aimé cet article? Vous avez des questions ? Des remarques ?

Partagez les moi dans les commentaires ! Je serai ravie d’échanger avec vous ! 😉

 

Si vous souhaitez aller plus loin je vous recommande les lectures suivantes :

Joules et Beauvois : « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens »

Joules et Beauvois : « La soumission librement consentie »

Cialdani : « Influence et manipulation »

Mais aussi « Psychologie de la connerie » sous la direction de Jean François Marmion.

 

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Fabien 27/02/2020 15:11

Je suis bien d'accord avec vous. Le terme de MPN est employé à toutes les sauces et par tout le monde.
Je regrette surtout l'arrierisme auquel continue à vouloir se coller par exemple le DSM-5 pour ne pas froisser et trop perturber les psychiatres et psychologues de par le monde dans ce qu'ils ont eu l'habitude d'apprendre, mais qui ne repose aujourd'hui plus sur rien.
D'après moi la verité d'un diagnostique devrait se situer au niveau des constatations anatomiques relevées à l'imagerie cérébrale. Nous devrions parler du syndrome de l'atteinte de telle aire ou tel faisceau cortical et mettre fin à ces troubles de la personnalité qui se tecoupent tous: Trouble de la personnalité antisociale, de la personnalité limite, de la personnalité narcissique, de la personnalité histrionique, de la personnalité paranoïaque voir de la personnalité schizotypique, voila differents troubles chez lesquels on retrouve finalement souvent à quelque chose près les memes atteintes cerebtales anatomiques et dont la distinction ne dépend que de l'avis de tel ou tel psychiatre. Les chercheurs se sont par exemple rendu compte en terme de prevalence et de caracteristiques que les troubles de la personnalité limite n'était souvent que le diagnostique d'un individus antisocial feminin (psychopathie secondaire), mais nos prejugés sexistes poussent encore à vouloir faire des differences qui n'ont scientifiquement lieu d'être...
De même bien des recherches demontrent que les troubles bipolaires seraient avec les troubles schizotypique une seule et même atteinte cerebrale un meme continuum.
Le DSM-5 était à l'origine promis à semer une petite revolution dans la classifications des troubles mentaux, mais le conservatisme a finalement eu raison de celle-ci... Et c'est bien dommage !
Si Marie-France Hirigoyen, Christel Petitcolin ou d'autres refusent de faire des Manipulateurs pervers narcissiques des psychopathes (personnalité antisociale ou dysociale pr la CIM-10) ce sont pour moi pourtant bien un deul et même trouble, comme ceux cités précédement avec plus ou moins l'atteinte de telle ou telle region cerebrale en fonction des cas (Striatum ventral, cortex prefrontal en general, orbitofrontal, limbique, etc...)
J'ai personnellement bien connu l'une de ces personnes atteinte de cette pathologie resultant de parametres génétiques et épigénétiques.
Apres les violences psychologique, les humiliations en tout genre, le viol (Oui un homme peut etre violé par une femme...), les abus de confiances ou vols, ses victimisations perverses reccurrentes et ses denonciations calomnieuses, j'ai été sujet à un Trouble de Stress Post-traumatique complexe et sevère, mais voyez vous, pour vous dire la betise de certains psychologue et de ce model de clasdification ubuesque un expert psychologue pres des cours d'appels a trouvé le moyen de dire que mon TSPT resultait en fait d'un trouble de la personnalité paranoiaque... Ce qui n'a precisement aucun sens et aucune logique mais ce qui s'est produit car ce modele psychiatrique tend à vouloir mettre encore les gens ds des cases en plus chez cette personne de prejugés divers et variés et d'un narcissime malheureusement souvent présent chez ces personnes qui se croient en mesure de pouvoir juger les autres.
Bref si, pour en revenir au sujet, le terme de manipulateur pervers narcissique est employé abusivement et sans definitions officiellle, c'est aussi tout le model psychiayrique qui je crois est à deplorer et revoir pour plus de clarté et de veracité des divers desordes cliniques cerebraux.