Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
developpement-perso.over-blog.com

developpement-perso.over-blog.com

Des livres, des vidéos, des outils pour que chacun puisse œuvrer à la meilleure version de lui/elle même !

Une réunion pas comme les autres

 

Il y a quelques jours de ça, une amie me téléphone et me dit : « Je suis super embêtée, et j’ai besoin d’un coup de main ! »

Elle est agent de la fonction publique territoriale dans une petite mairie de la région. Et elle m’explique que son patron, le nouveau maire de la ville, veut organiser une réunion publique pour rencontrer ses futurs administrés. En effet, il a l’intention de se présenter aux élections législatives. Et c’est à elle, qu’il demande d’organiser cela. C’est tout à fait, hors de ses attributions en tant qu’agent, et en même temps elle est bien embêtée pour refuser… Il ne peut pas la virer du fait de son statut, en même temps elle travaille pour lui tant qu’il est élu…

Bon gré mal gré, elle accède à sa demande. Mais voilà, maintenant il faut trouver un lieu pour la réunion… Heureusement pour elle, il a souhaité rencontrer les gens en petit comité plutôt que dans une grosse réunion publique !

Elle décide donc de le faire chez elle.

Ne reste plus qu’à trouver des participants… D’où l’appel téléphonique que je reçois !

Je ne suis pas très fan de la politique… Pour tout dire, je n’y comprends pas grand-chose… Mais si ça ne risque pas de lui poser des soucis d’avoir comme participante quelqu’un qui n’y connait absolument rien, je veux bien faire acte de présence !

Mercredi, 14h, c’est l’heure. Quand j’arrive chez elle, plusieurs personnes sont déjà là mais je ne suis pas la dernière.

Le dernier arrivé sera… le maire et « peut-être futur député » … Il s’excuse pour son retard, mais je ne peux pas m’empêcher de me demander si le retard n’est pas volontaire…

Je me mets à sa place : être le premier, et commencer à discuter avec les gens au fur et à mesure qu’ils arrivent et devoir recommencer à chaque nouvel arrivant, je peux comprendre qu’il ait choisi d’être en retard.

Mais trêve de supposition mentale ma chérie, la réunion commence !

Il se présente rapidement et nous fait part de l’objectif de cette réunion « informelle » : rencontrer les personnes qu’il sera amené à représenter si jamais il est élu député, et entendre ce que nous pouvons avoir à dire, ce que nous voudrions voir changer, nos idées d’amélioration, etc.

J’aime bien comme approche. 

Mais quand il a fini cette introduction, c’est le silence complet… Nous sommes au total, une dizaine de personnes, et chacun a le nez plongé dans sa tasse de café pour éviter d’avoir à prendre la parole. Sauf moi, qui regarde ce que font les autres.

Ce ne doit pas être la première réunion de ce type qu’il fait, parce qu’il n’a pas l’air particulièrement surpris ou déstabilisé. Il laisse le silence se prolonger juste ce qu’il faut, puis embraye sur un projet d’école alternative qu’il a mis en place dans un quartier de sa ville dit « difficile ». Il fait des liens avec les différentes politiques gouvernementales passées et à venir… et la discussion est lancée !

Un long débat sur la politique des quartiers commence, puis vient le tour de l’éducation nationale, son rôle, ses limites, le rôle des parents, etc…

A un moment, ils parlent d’un certain « Monsieur Machin » et je demande « C’est qui ce monsieur ? »

Toutes les têtes se tournent vers moi et les yeux sont agrandis de surprise ! « Mais c’est notre premier ministre enfin ! » m’assène je ne sais pas qui.

J’avais prévenu que je n’y connaissais rien… En même temps, je ne suis pas les infos, ni à la télé ni à la radio, je ne lis pas non plus les journaux… Je trouve cela déprimant… Et à part quelques grands moments de solitude comme celui-là, on vit très bien sans connaître le nom du premier ministre…

Les discussions reprennent…

Quel que soit le sujet abordé, moi j’entends sans cesse la même chose : ce sont les autres qui doivent changer…

« Les parents, doivent mieux tenir leurs enfants », « les profs doivent faire leur boulot », « la police doit améliorer ses relations avec les gens », etc…

Et puis bien sûr, mélangés à tous ces sujets, vient « l’agressivité » ambiante… : « Les gens sont de plus en plus agressifs », « Les gens se comportent très mal en voiture », « Les gens s’insultent », etc., etc…

Jusque-là, j’écoute gentiment et, à part ma question incongrue, je n’ai rien dit. Mais entendant tout cela, je n’y tiens plus et je lâche « Oui mais, dites-moi, c’est qui « les gens » ??? »

Devant le silence occasionné, j’ajoute : « Non parce que je vous entends dire « les gens sont de plus en plus agressifs », alors je me demande c’est qui « les gens » ? Pour ma part, il me semble que « les gens », c’est vous, c’est moi, c’est nous. Et que le changement ça commence par soi-même. Dire à l’autre de changer ça ne marche pas !»

Je fais encore un bide... Et la discussion reprend de plus belle, et notre « peut-être futur député » sourit dans sa barbe qu’il n’a pas en me regardant.

A ma droite il y a une jeune femme qui essaye de faire passer une de ses idée. Elle est enfant d’immigrés et a vécu une bonne partie de sa vie dans des quartiers dit « difficiles ». Et à l’écouter je me dis que même si aujourd’hui, devenue adulte, elle a quitté son quartier, dans sa tête elle y est encore…

Sa manière de dire, est très « brut de décoffrage », et elle se heurte à l’incompréhension du groupe…

A un moment quelqu’un lui répond : « Non mais attends, tu n’as pas le droit de dire ça ! »

Et je sens cette jeune femme se déchirer : une partie d’elle est prête au combat, si on la cherche trop, elle va sortir de ses gonds et le débat va virer au pugilat. Et une autre partie d’elle, blessée par l’incompréhension, se recroqueville très loin à l’intérieur…

Elle tente de reformuler sa pensée, mais à peine a-t-elle dit quelques mots, qu’une autre participante lui assène : « Attends, ce n’est pas vrai ce que tu dis, tu ne peux pas dire des choses comme ça ! »

A part moi je pense : « et bien si ! elle peut. Ça s’appelle la liberté d’expression ! Et si tu l’écoutais réellement ma chérie, tu pourrais entendre ce qu’elle dit vraiment… Elle le dit peut-être très mal, mais toi tu écoutes encore plus mal… »

Je vois la jeune femme abandonner : elle regarde son interlocutrice qui lui fait une grande leçon de morale et, au premier abord, elle a l’air d’écouter. Moi je crois qu’elle s’est enfermée en elle-même. Elle n’entend plus personne…

J’ai beaucoup de peine pour elle… J’ai été cette jeune femme. Qui a de belles idées. Qui veut vraiment et sincèrement aider les autres et améliorer les choses. Mais qui n’a jamais appris comment dire ses pensées… Et qui, sans le vouloir, crée un énorme conflit chaque fois qu’elle ouvre la bouche…

J’aimerai lui dire que ce n’est pas grave, qu’elle trouvera comment faire et comment dire, mais je sais aussi que si je lui dis cela dans ce contexte, cela ne fera que rouvrir de vieilles blessures toujours béantes pour elle…

La réunion est terminée… Il ne reste que quelques personnes… Ma jeune femme « brut de décoffrage » est partie plus tôt que les autres : elle devait aller chercher ses enfants à la garderie. Je pense aussi que ça l’arrangeait bien de devoir quitter le groupe de bonne heure…

Une retraitée du voisinage lance à la cantonade : « Dites donc c’est pas facile de discuter avec votre amie qui est partie, là… »

Et les commentaires fusent…

« Ben oui, c’est vrai qu’elle a des idées très tranchées ! »

« Elle ne vit même pas dans un quartier difficile ! Elle habite une espèce de grand manoir, alors c’est pas parce qu’elle a passé son enfance dans un quartier qu’il faut sans arrêt le remettre à toute les sauces ! »

« Si on n’est pas d’accord avec elle, il faut s’accrocher pour le lui dire parce qu’elle n’écoute rien ! »

« Elle exprime très mal ses idées, et elle ne fait rien pour améliorer les choses ! »

J’écoute tout cela et je suis désemparée… J’entends encore la même chose que tout à l’heure : « C’est aux autres de changer ! »

Seule mon amie tente d’expliquer que cette personne ne sait pas exprimer ses idées, qu’elle ne le fait pas exprès.

J’entends dans leur discours, à quel point ces personnes sont blessées par la manière de dire de cette jeune femme, et en même temps je constate que personne ne fait l’effort de l’écouter vraiment, de chercher à la comprendre avant d’essayer de se mettre d’accord avec elle…

Et c’est un cercle vicieux dont on ne peut sortir que si l’un ou l’autre des protagonistes tente de rétablir une réelle écoute…

A quand l’enseignement de la communication interpersonnelle dans les écoles ???

Tout bien réfléchis, le titre de cette nouvelle est mauvais : c’était une réunion tout à fait comme les autres... Tout le monde parle, personne n’écoute…

Et à la fin, il y a deux versions de l’histoire : pour les incompris, c’est « encore une réunion où l’on perd son temps… »

Et pour les optimistes : « C’était bien cette réunion ! On a bien échangé ! »

 

Apprentis-sages

 

Le premier enseignement que l’on peut tirer de cette expérience c’est que pour amener du changement dans une situation donnée, il n’y a qu’un seul moyen : se changer soi-même…

J’entends d’ici certains commentaires : « Quoi ?!?! Mais ça ne va pas bien ! Si l’autre m’agresse, c’est à moi de changer ? Et puis quoi encore ?!?! »

J’ai une question : quand quelqu’un vous agresse verbalement, et que vous lui répondez sur le même mode, est-ce que ça améliore vraiment les choses ?

Si votre réponse est « oui », alors ne changez rien !

Si par contre votre réponse est « non », alors vous pourrez trouver ici quelques idées pour faire autrement la prochaine fois.

Pour ma part, cela fait longtemps que je suis convaincue que cela n’améliore rien. Oh certes, en criant plus fort que l’autre il va sans doute finir par se taire, mais vous ne l’aurez pas convaincu pour autant. Ni même amené à réfléchir sincèrement à votre idée.  Il finira peut-être par vous dire « oui, oui, tu as raison » et dans son for intérieur pensera « va te faire foutre ! » et à la première occasion il fera l’inverse de ce que vous lui avez demandé…

Je vais vous raconter une petite expérience que je fais très souvent dans mes formations quand il est question d’amener du changement…

Imaginez une salle de formation : c’est une grande pièce, avec sur un mur, un écran pour le vidéoprojecteur, et à côté de l’écran un paper-board. Face à ce mur il y a souvent une grande table en U où s’installent les participants.

Moi je m’installe du côté de l’écran pour pouvoir montrer en même temps que j’explique.

Quand nous commençons à parler de cette notion de changement j’entends souvent mes participants me dire « Ah mais non ! Si c’est l’autre qui m’agresse verbalement, ce n’est pas à moi de changer ! C’est à l’autre de faire des efforts ! »

Alors, je leur propose de faire cette petite expérience…

Et je leur demande gentiment si ils veulent bien, tous autant qu’ils sont, regarder de l’autre côté de la pièce pendant toute la durée de la formation. Je leur explique que ce sera plus confortable pour tout le monde : ils ne seront pas distraits par mes mimiques et de toute façon il n’y aura rien de projeté sur l’écran, et comme je suis d’un naturel timide, ça m’arrangerait qu’ils ne me regardent pas. De temps en temps, il y en a un ou deux qui jettent un coup d’œil vers le mur opposé, mais leurs regards reviennent vite vers moi…

Avec le groupe, je fais le constat que je n’ai pas amené de grands changements… Même si j’ai formulé gentiment ma demande…

Alors je tente autre chose. Je prends ma casquette « petit chef militaire » et je leur assène « De toute façon, c’est moi la formatrice ! C’est moi qui décide ! Vous regardez vers ce mur là-bas, et basta ! »

Et ce faisant, je les observe. Invariablement, je vois nombre de participants se tendre sur leurs chaises. Certains sont prêts à me rentrer dedans si j’en rajoute un peu trop ! Mais aucun cette fois, ne fait mine de se tourner de l’autre côté.

Et là aussi, je fais avec le groupe le constat que je n’ai amené aucun changement. En tout cas, pas celui que je voulais. Et qu’en plus j’en ai mis certains dans de mauvaises dispositions à mon égard…

Et pendant que je leur dis tout cela, je me dirige tranquillement vers le fond de la pièce…

Quand j’ai fini de parler, je suis arrivée au fond de la salle… Et toutes les têtes ou presque, se sont tournées vers moi.

Le constat est simple cette fois : pour les amener eux à changer, j’ai dû accepter de me changer moi. En changeant ma position dans la salle, je les ai amenés à opérer un changement chez eux. Et sans rien leur demander en plus…

Vous me direz sans doute : « oui mais là c’est facile ! »

Et bien je répondrai que c’est aussi simple dans n’importe quelle autre situation…

Vous n’aimez pas comment votre collègue vous parle ? Vous pouvez lui dire de vous parler autrement, mais je subodore sa réponse : « je te parle comme je veux ! ». Ou vous pouvez changer votre manière de lui parler. Vous observerez alors le résultat ! Et vous changerez à nouveau si ce résultat ne vous convient pas !

Vous n’aimez pas mettre au sale le linge que vos ados laissent traîner, et vous en avez marre de le leur répéter sans arrêt ? Faites autre chose : laissez le linge sale traîner jusqu’à ce qu’ils n’aient plus rien de propre à se mettre. Je suis sûre qu’ils trouveront tout seul le chemin du panier à linge… Et peut-être même comment mettre la machine à laver en marche…

Attention ! Je ne dis pas qu’il faut se changer soi A CHAQUE FOIS !

Je dis juste que quand quelque chose ME dérange, j’ai compris que dire à l’autre de changer ça ne sert à rien. Et si c’est moi que ça dérange, c’est à moi de trouver comment faire autrement… Mon fils ainé est un spécialiste du « je laisse mon linge sale en tas dans la chambre ». Petit, je m’en occupais pour lui bien sûr, mais devenu plus grand j’ai tenté plein de chose pour qu’il le fasse lui-même… D’abord je lui ai expliqué quoi faire et comment le faire. Il n’est pas bête : il avait tout compris, mais ça ne l’arrangeait pas de le faire… Pourquoi se casser la tête avec ça, alors que maman s’en occupe ??? Je me suis énervée aussi ! Comme il craint mes colères, sur le coup ça marchait, mais deux jours après c’était fini… J’ai tenté l’ironie : « As-tu besoin d’un GPS pour trouver le panier de linge sale ? » ou encore « Tu sais, pour faire tourner une machine à laver, il n’y a pas besoin d’avoir fait polytechnique… » Il a bien rigolé avec moi… Mais ça n’a pas amené le résultat escompté…

Alors j’ai tenté encore autre chose : j’ai laissé son linge sale s’empiler dans sa chambre… Ce n’était pas drôle et j’ai dû prendre sur moi pour laisser faire. Jusqu’au jour ou avant de partir au collège il est venu me trouver en me disant : « Maman, je n’ai plus de chaussettes ni de slips propres ! ». Ce jour-là, il est allé au collège avec ses fringues sales… et il a trouvé le chemin de la machine à laver…

Le seconde enseignement que l’on peut tirer de cette anecdote, c’est que la communication peut-être à la fois extrêmement simple et terriblement complexe…

N’avez-vous jamais vécu des situations ou avec l’autre vous aviez le sentiment de vous comprendre parfaitement bien en n’échangeant que quelques mots ?

Et à l’inverse, des situations ou malgré des heures et des heures de discussions, ça se termine invariablement par ce sentiment de ne pas parler la même langue ?

La difficulté étant que nulle part, à AUCUN moment de notre vie nous n’avons appris ce qu’est la communication. On nous a appris à lire et à écrire. A compter. Nous avons appris quels sont les comportements acceptables ou non en société. Plus tard, nous apprenons l’histoire, la géographie, les sciences physiques et naturelles, tout un tas de choses que nous n’utiliserons que très peu dans notre vie quotidienne (en ce qui vous concerne je n’en sais rien, mais pour ma part, savoir qu’en 1515 il y a eu la bataille de Marignan, ne m’a jamais servi à rien dans la vie quotidienne !), et il n’y a, à ce jour, aucun enseignement généralisé de ce qu‘est la communication…

Alors certains me diront : « Mais enfin Gwladys, on communique tous les jours ! »

Personnellement, je dis : « Non. On s’EXPRIME tous les jours. Mais on ne communique pas ! »

La différence entre les deux ?

C’est très simple :

L’expression c’est « mettre « hors de… » la pression ». 

Expression = EX-PRESSION.

La communication, c’est « mettre en commun ».

COMMUN-iquer.

De quoi avons-nous besoin pour qu’une réelle communication s’établisse ?

Ici nous allons aborder la partie « théorique » de la communication : le « savoir ». Dans le prochain apprentissage, nous aborderons le « savoir-faire » avec un outil tout simplement magique pour que la communication s’établisse vraiment !

Bien sûr il nous faut deux protagonistes !

Prenons le cas de ma petite réunion : la jeune femme « char d’assaut biélorusse » d’un côté, et la jeune femme « mais tu ne peux pas dire ça », de l’autre.

Pensez-vous vraiment que ce jour-là, elles aient « mis en commun » ? Pour ma part, je suis convaincue que non : chacune est restée sur sa position, et aucune des deux n’a compris l’autre.

Parce qu’il est plus que probable, que toutes les deux confondent le fait de se comprendre et le fait d’être d’accord l’une avec l’autre.

Or ce sont deux choses bien différentes ! 

C’est ce qu’en communication, nous appelons les « objectifs de la communication »

Formulé autrement, c’est : « que cherchons nous à faire/atteindre/obtenir, quand nous parlons les uns avec les autres ? »

A cette question, si certains ont envie spontanément de me répondre : « Mais rien. Je ne cherche pas forcément à obtenir quelque chose quand je parle avec mes amis ! », je leur dis : « Faux ! Si vous parlez à quelqu’un, c’est que vous avez un objectif ! Vous n’allez pas parler à quelqu’un juste pour faire du bruit ! »

Avant de lire la suite, je vous invite à y réfléchir quelques instants : vous, quand vous allez parler à quelqu’un, c’est pour quoi ???

Si vous y réfléchissez sérieusement, vous trouverez des tonnes de réponses différentes : pour partager, pour s’informer mutuellement, pour demander quelque chose, pour le plaisir, pour être reconnu, pour avoir le sentiment d’exister, pour apprendre, pour échanger, etc., etc., etc. …

Partie de toutes ces réponses différentes, nous les avons rassemblées et synthétisées dans un schéma qui compte 5 objectifs différents :

  1. S’écouter
  2. Se comprendre
  3. S’en souvenir
  4. Être d’accord
  5. Amener un changement de comportement.

 

Prenons un exemple du quotidien pour étudier ces 5 objectifs : si je demande à mon fils de ranger sa chambre, mon objectif de communication est le 5ème : amener un changement de comportement. Je veux qu’il passe de « regarder une série sur son ordinateur » à « ranger la chambre ».

Pour ce faire, je vais devoir atteindre presque tous les objectifs de la communication…

Si, si je vous assure…

Tout d’abord, je vais donc m’assurer qu’il est disponible pour écouter ce que j’ai à lui dire (1er objectif de communication : l’écoute !)

Parce que si je me contente de lancer à la cantonade : « Loulou, il faut que tu ranges ta chambre ! », il est plus que probable que je vais avoir droit à un « oui, oui… », mais qu’il ne passera jamais à l’action !

Atteindre le premier objectif de la communication, c’est d’abord s’assurer que l’autre est là, bien présent avec moi, et disponible pour écouter ce que j’ai à lui dire. Et m’assurer que je suis moi aussi disponible pour écouter ce que l’autre aura à me dire en réponse ! Les objectifs fonctionnent toujours dans les deux sens !

 

Ceci fait, je peux passer au deuxième objectif de la communication : se comprendre.

Certains me diront : « je ne vois pas ce qu’il y a de difficile à comprendre dans « range ta chambre » ?! »

Moi aussi à une époque je pensais la même chose… Mais voilà, à 10 ans ou à 30 ans, on n’a pas la même définition du mot « ranger ».

Pour mon fils à l’époque, "ranger" était synonyme de « tout bourrer dans le placard pour que maman ne voit rien » …

Vous imaginez bien que je n’avais pas la même définition et que cela amenait invariablement quelques conflits…

Ainsi il a été nécessaire de prendre du temps pour que nous parvenions tous les deux à nous comprendre mutuellement. J’ai pris du temps pour comprendre comment lui voyait cette notion de rangement avant de l’amener à comprendre comment moi je la voyais.

Et c’est souvent ici que le bât blesse : nous comprendre mutuellement ne signifie pas que nous étions d’accord l’un avec l’autre ! Parce que ça, c’est le 4ème objectif de communication ! J’ai compris sa définition du rangement et je ne suis pas d’accord avec lui. Il a compris ma définition et il n’est toujours pas d’accord avec moi !

Mais tant que nous ne nous comprenons pas mutuellement il est inutile d’essayer de se mettre d’accord ! C’est une perte de temps.

Quand les deux protagonistes peuvent sincèrement dire « ah oui ! Je comprends comment toi tu vois les choses ! » on peut passer à la suite.

 

Et la suite c’est : « S’en souvenir »…

Dérisoire me dira-t-on ? Pas tant que cela. Imaginons, toujours avec l’exemple de mon fils, que l’écoute est bien établie : nous sommes tous les deux disponibles. Bien qu’en désaccord, nous nous sommes mutuellement compris sur cette notion de rangement, mais à peine ai-je le dos tourné, qu’il a oublié ce que je viens de lui demander…

Aucune chance que j’atteigne mon objectif final…

A chacun de trouver des moyens pour se rappeler de quelque chose : faire une croix sur le dos de sa main, un nœud à son mouchoir, une alarme sur son téléphone, un post-il sur son ordinateur, etc. Et il y en a des tonnes !

 

Cet objectif atteint, nous allons pouvoir tenter de nous mettre d’accord (4ème objectif de la communication).

Il est évident que nous ne serons jamais d’accord sur la définition du mot « ranger » …

Alors, nous allons négocier à un autre niveau : peut-être pouvons-nous nous mettre d’accord sur le moment du rangement, ou sur la fréquence. Nous pouvons aussi nous mettre d’accord sur la nécessité de faire le rangement une fois de temps en temps à ma manière, et le reste du temps à sa manière. Ou encore qu'il ne le fasse pas. Ou sur les règles de vie communes : comment peut-on faire pour que tous ensemble, ça se passe bien ?

Ici, c’est le moment clé de toute négociation : donner à l’autre le droit de ne pas être d’accord !

Parce que même si nous restons en désaccord sur tout à cette étape, cela n’empêchera pas la suite. Quand l’autre se sent écouté, compris et respecté dans sa position, même s’il n’est pas d’accord avec moi, il peut accéder à ma demande. Ainsi nous aurons atteint notre objectif final : amener un changement de comportement.

 

Un autre exemple à ce sujet : il y a un endroit près de chez moi où sur la route, il y a un panneau « stop ». Je connais les règles du code de la route, je les comprends et je m’en souviens (1er, 2ème et 3ème objectif de la communication). Mais voilà, à cet endroit je ne suis pas d’accord avec le « stop » (4ème objectif de communication). De mon point de vue, un « cédez le passage » suffirait. Cela ne m’empêche pourtant pas de respecter la règle (5ème objectif de la communication). 

 

Le troisième enseignement que l’on peut tirer de cette histoire, c’est que nous ne savons pas nous écouter les uns les autres… Nous répondons du tac au tac. C’est de la « communication ping-pong », ce que j’appelle plus haut de « l’expression ».

Et le voilà, mon outil « magique » de communication, le « savoir-faire » évoqué dans mon premier enseignement : établir une vraie écoute.

Comment fait-on cela ?

C’est très simple. Avant de répondre quoi que ce soit à l’autre, nous allons prendre tout le temps nécessaire pour le/la comprendre.

Cela nécessite de mettre notre point de vue, notre opinion, de côté pendant un petit moment. Et c’est ici que les connaissances sur les objectifs de la communication sont importantes ! Pour laisser notre point de vue de côté, il est essentiel de garder en tête que je cherche avant tout à comprendre l’autre pas à être d’accord avec lui/elle. Et tant que je ne peux pas très sincèrement dire « Ah oui ! Je comprends ta vision des choses ! », encore une fois, il est inutile d’essayer d’amener l’autre à nous comprendre et encore moins à être d’accord avec nous…

Alors certains me diront peut-être : « Oui mais pourquoi ce serait à moi de le faire, et pas à l’autre ? »

Bonne question… Je vous renvoie pour cela au chapitre sur le changement… Si vous voulez que l’autre vous écoute, commencez par l’écouter vraiment. Si vous voulez que l’autre vous comprenne, commencez par le comprendre vraiment.

Pour ma part, je ne connais personne qui s’assoit gentiment pour écouter quand on lui assène « Bon maintenant tu te tais et tu m’écoutes ! »

Même pas nos enfants : oh, ils s’assoient ! Et leur esprit vagabonde pendant que nous nous égosillons…

Un adage dit : « nous avons deux oreilles et une bouche. C’est pour écouter deux fois plus qu’on ne parle » Et bien, maintenant nous allons le mettre en application.

 

Mise en application

 

Comment établi-t-on une vraie écoute ? 

C’est très simple : on pose des questions !

Mais attention, cela implique que j’accepte d’écouter la réponse de l’autre jusqu’au bout !

Je vous propose un petit jeu que vous pouvez tester très facilement avec vos proches !

Je l’ai appelé le jeu du « Veux-tu dire que… ? »

Règles du jeu : deux personnes, nommées ci-dessous A et B.

  • A dit une phrase affirmative, simple, réelle, actuelle (on ne dit pas que la table est rouge si elle est bleue !)
  • B essai de comprendre ce que A a voulu dire en posant des questions commençant par : « Veux-tu dire que… » ou « Voulez-vous dire que… », jusqu’à ce qu’il obtienne 3  OUI.
  • Notez sur un papier la phrase initiale et les 3 questions auxquelles A a répondu OUI.
  • On recommence l’exercice en inversant les rôles, A devient B et inversement.

Exemple :

A : Il fait beau aujourd’hui !

B : Veux-tu dire que tu as trop chaud ?

A : Non pas du tout ! j’adore la chaleur !

B : Veux-tu dire que tu préférerais être à la plage ?

A (avec un soupir) : Oh que oui… 

B : Veux-tu dire que tes vacances sont encore loin ?

A : (toujours avec un soupir) : oh que oui…

B : Veux-tu dire que tu es fatigué en ce moment ?

A : Pas tout à fait… disons que j’en ai un peu marre en ce moment…

 

En faisant ce petit jeu, on découvre que derrière la phrase anodine de A « Il fait beau aujourd’hui », cette personne voulait en fait dire qu’elle en avait marre de plein de choses et qu’elle attend avec impatience ses vacances…

Vous n’êtes pas convaincu ? Voilà un exemple vécu !

Alors qu’elle était au CP, ma fille rentre un soir de l’école en me disant « Maman, c’est vraiment nul l’école ! »

Ni une, ni deux, je me lance dans une grande explication d’adulte sur l’importance de l’école, sur le fait que cela lui permettra d’apprendre plein de choses, que ça lui permettra de découvrir ce qu’elle aime et ce qu’elle n’aime pas pour pouvoir plus tard choisir un métier qui lui plaira, etc., etc., etc…

Ma fille a écouté ma tirade avec de grands yeux ronds, et est partie dans sa chambre sur un « Mais tu ne comprends vraiment rien !!! »

Quelques semaines plus tard, même retour à la maison. « Maman, c’est vraiment nul l’école ! »

N’ayant aucune envie de m’entendre de nouveau asséner un « tu ne comprends vraiment rien ! », je me dis que je vais tenter autre chose…

Ma fille : Maman, c’est vraiment nul l’école !

Moi : Veux-tu dire que tu as été punie par la maîtresse ?

Ma fille : Mais non ! Elle est gentille la maîtresse ! C’est les autres enfants !

Moi : Ah… Veux-tu dire que tu t’es disputée avec quelqu’un ?

Ma fille (au bord des larmes) : ben oui… J’ai pas beaucoup de copines dans cette nouvelle école, et il y en a une qui ne veut jamais jouer avec moi à la récré…

Derrière la petite phrase « c’est nul l’école ! » se cachait en fait un « je me sens seule à la récréation » …

A partir de là, l’écoute et la compréhension (1er et 2ème objectif de la communication) sont établis !

Certains me diront : « oui mais là c’est facile Gwladys, tu la connais : c’est ta fille ! »

Oui et non, répondrai-je… Il est vrai que lorsque l’on connait quelqu’un, le jeu du « veux-tu dire que… ? » est plus facile parce qu’on a souvent une petite idée de ce que veut vraiment dire l’autre.

Néanmoins dans cet exemple, quand j’ai fait mon premier « Veux-tu dire que… ? », je n’avais absolument aucune idée de ce que pouvait bien vouloir dire ma fille. Mais dans sa réponse j’ai découvert des éléments qui m’ont mise sur la voie. 

Je vous accorde toutefois, qu’il y a une limite à cet outil.

En effet, lorsqu’on ne connait pas du tout l’autre, et que l’on n’a absolument aucune idée de ce qu’il peut bien vouloir dire, utiliser le « Voulez-vous dire que… ? » risque de nous transformer en interrogateur du KGB… Ce qui risque d’avoir pour conséquence d’énerver prodigieusement notre interlocuteur…

Dans ce cas, il suffit de transformer le « Voulez-vous dire que… ? » en « Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? »

Reprenons l’exemple de mes deux jeunes femmes dans la nouvelle ci dessus.

Lorsque la première à énoncé son idée de départ, il aurait pu être intéressant pour établir une vraie écoute que la seconde lui demande d’abord ce qu’elle voulait dire…

Je vous rappelle le "dialogue" :

Jeune femme « Char d’assaut » : « J’ai grandi dans une cité, et le vrai problème je trouve, c’est que les anciennes générations ne font pas leur boulot, mais en même temps avec la barrière de la langue, pour eux c’est difficile… Et les nouvelles générations n’ont pas de repères ! Et pour sortir des cités, ils galèrent vraiment ! »

Chacun y est allé de son petit commentaire : « Je ne suis pas d’accord avec toi ! Les anciennes générations malgré la barrière de la langue se montraient plus respectueuses des institutions que les jeunes de maintenant ! »

Ou : « Mais enfin, il y en a qui s’en sortent quand même ! »

Voire : « Mais tu ne peux pas dire ça ! Les repères c’est les parents qui les donnent ! Donc les anciennes générations ! Et je suis d’accord avec Jacquotte : les anciennes générations sont très respectueuses des règles civiques ! »

Moi je me disais : mais comment peuvent-elles répondre ? Pour ma part, je suis peut-être un peu bouchée, mais je n’ai rien compris de ce que cette jeune femme voulait vraiment dire… J’ai entendue qu’elle venait d’une cité, et implicitement j’ai entendu qu’elle en avait souffert, ensuite j’ai entendu des grosses généralisations, mais ça n’importe qui peut les faire : « Ah ma brave dame… La jeunesse c’est plus c’que c’était ! Il n’y a plus de respect, c’est moi qui vous le dit ! »

Et avec tout ça, je ne sais toujours pas ce que cette jeune femme veut vraiment dire…

La suite de la discussion a été houleuse… Face aux désaccords ostensibles des autres, notre jeune femme s’est braquée. Elle a tenté de se reprendre en disant : « Non mais ce n’est pas ça que je voulais dire... »

Réponse : « Ben oui, mais tu as dit que la barrière de la langue était un problème ! Moi je peux te dire que ce n’est pas du tout ce que j’ai vécu ! » Et bla, bla,bla et bla, bla, bla…

Et la pauvre jeune femme char d’assaut n’a pas pu reformuler ce qu’elle voulait dire… et s’est enfermée dans le silence…

Quinze bonnes minutes plus tard, quelqu’un parle du CV anonyme comme d’un moyen intéressant pour stopper le « délit de faciès ». Et quelqu’un d’ajouter : « anonyme et sans les adresses aussi ! Parce que dans la région, quand on met sur son CV une adresse aux Minguettes, ça n’aide pas…Une fois on m’a refusé un boulot parce que j’habitais dans un quartier dit « sensible » … J’avais les compétences m’a-t ’on dit, mais mon adresse postale ne convenait pas pour la clientèle…»

Là notre jeune femme char d’assaut sort de son mutisme et lance : « Eh bien voilà ! C’est ça que je voulais dire tout à l’heure ! »

Il y a un instant de silence et plusieurs de s’exclamer : « Ah mais on n’avait pas du tout compris ça !!! »

Alors oui, c’est vrai, son histoire des générations, de la barrière de la langue, tout cela n’était pas clair du tout ! C’était même franchement opaque ! En même temps, est ce que quelqu’un l’a laissée allée au bout de son idée ? Est-ce que quelqu’un à la fin de sa tirade lui a posé la question : « Je ne suis pas sûre de bien comprendre… Qu’est-ce que tu veux dire par là ? »

Pour ma part j’ai essayé… Mais ma question s’est perdue dans le tumulte ambiant…

En testant le jeu du « Veux-tu dire que… ? » ou « Qu’est-ce que tu veux dire par là… ? », vous mettrez en application également ce que nous avons vu plus haut sur la notion de changement. Parce qu’en changeant quelque chose dans votre manière de faire habituelle, vous pourrez constater par vous-même que cela amènera des changements chez les autres également…

Dans un prochain article nous aborderons plus en détail ce que j’appelle « l’art de poser des questions » !

 

Citation inspirante.

« C’est en acceptant l’autre tel qu’il est, donc en acceptant à priori qu’il n’ait pas le désir de changer, que je lui offre la possibilité de changer »

Paradoxe de Carl Roger

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article